Monsieur Taoufiq ABOUNACER,Directeur du Centre d’Essais d’Etudes Electriques (CEEE)

Une stratégie fédératrice alliée à un management de la qualité feront le salut du secteur et le succès de sa branche export.

Toujours au service des industriels marocains, le Laboratoire Public d’Essais et d’Etudes (LPEE) offre un service de proximité capable de répondre dans les délais aux attentes des professionnels. Dans le secteur électrique, cette fonction est assurée par le Centre d’Essais d’Etudes Electriques (CEEE) dont le rôle est principalement de réaliser les essais de conformité et de sécurité des installations et des équipements électriques. Garant de la sécurité et de la fiabilité des produits électriques sur le marché marocain, le LPEE élève la qualité et le respect des normes au rang de valeur, de sacerdoce: un appel à une conscience responsable chez tous les opérateurs.

Dans ce Face à face accordé à la revue Electra Maroc, Monsieur Taoufiq Abounacer, Directeur du CEEE, livre une analyse optimiste sur le secteur, ses réalisations, ses défis et son avenir maintenant que l’heure est aux retrouvailles. Détails…

Electra Maroc: Le secteur électrique vit un moment historique avec le retour de la FEMADEL au sein de la FENELEC, comment avez-vous accueilli cette nouvelle et quelles retombées en espérez-vous?

Taoufiq ABOUNACER: Avec beaucoup de joie car le LPEE est un membre historique de la FENELEC ayant assisté à sa formation et aussi malheureusement, au fil du temps, à sa césure avec la naissance de la FEMADEL. Cette situation a depuis longtemps été une tache noire ressentie autant par les industriels que par les autorités comme un facteur non bénéfique à l’encontre du secteur.

Le bon sens veut que dans un pays, un secteur soit représenté par une fédération unique et unie, le contraire ne saurait être légitimé en aucun cas. En ce qui concerne le Centre d’Essais et d’Etudes Electriques, il est resté à l’écoute des deux fédérations car son objectif et sa stratégie se rapprochent plus de la mutualisation des synergies. Et ce, pour rester à la disposition des industriels marocains, abstraction faite de toute appartenance à l’une ou l’autre des deux entités de représentation.

Partant de cet état d’esprit, nous avons continué à travailler avec les deux fédérations pour justement ne pas tomber dans le piège que représentaient ces divergences de visions et de stratégies car les besoins du secteur ont été et restent notre priorité.

Cette prise de conscience a motivé et légitimé notre posture neutre entre les deux fédérations même si notre espoir de revoir, un jour, le secteur se réunir à nouveau autour d’une seule et unique fédération n’a jamais été ébranlé. Ce dernier n’a pas était vain, et nous saluons les efforts qui ont été déployés dans le but de cette réconciliation et l’avons accueillie de la manière des plus positives. Ceci étant, les retombées ne peuvent être que bénéfiques. On espère juste qu’il y ait une stratégie de concert avec des objectifs clairs et bien ficelés, de ce fait, nous pourrons plus affirmer notre accompagnement pour l’amélioration des produits électriques, leur qualité et leur notoriété également pour un rayonnement plus conséquent à l’échelle internationale.

EM: Dans le secteur électrique, le LPEE joue le rôle clef de test et d’essai liés à la conformité, à la qualité et à la sécurité des équipements: comment se porte le secteur sur ces trois dimensions?

TA: Parler de conformité revient à revisiter les normes: l’une incluant souvent l’autre. Actuellement, Le Maroc dispose d’une panoplie de normes nationales dans le domaine électrique. De 1992 à aujourd’hui, il y a eu une évolution très importante en ce sens et nous avoisinons les quelques milliers de normes environ dont un grand nombre (la norme n’étant pas obligatoire) est d’application obligatoire.

Cela veut dire que tout produit mis sur le marché marocain doit respecter ces normes d’application obligatoire ce qui implique un contrôle à l’importation ou lors de la commercialisation d’un produit dans le marché. A ce niveau, il se traduit par les contrôles que fait le Ministère de l’industrie et du commerce à savoir: le contrôle du marché, le contrôle à l’importation et le contrôle local. Le LPEE, à travers son CEEE, joue le rôle de plateforme technique pour la réalisation de ces dits contrôles de conformité.

A titre illustratif, je dirai qu’auparavant, le retour de produits non conformes était très important comparé aux chiffres de nos jours; nous notons une amélioration continue des produits soumis au contrôle. Les voyants sont alors au vert surtout au niveau de l’importation par contre, au niveau du marché local, il reste encore du chemin à faire. Avec un pourcentage nettement revu à la baisse, des retours basés sur la non-conformité des produits persistent encore sur le marché marocain, cependant l’optimisme est fortement de mise.

D’un autre côté, les industriels désireux de s’exporter sont nombreux à solliciter notre expérience multidimensionnelle (ne se limitant pas uniquement au domaine électrique) pour une assistance traduite par les essais, la vérification de la qualité de leurs travaux de mise en oeuvre surtout dans le génie civile… et idem pour le domaine électrique.

Cela dit, dans le secteur électrique, les entreprises qui font appel à nos services pour valoriser leurs travaux au niveau conformité à l’échelle de l’exportation jouissent d’une reconnaissance à deux niveaux. En effet, le CEEE, pour asseoir la crédibilité de ses rapports, bénéficie d’une double accréditation. Premièrement il est accrédité en tant que laboratoire selon la 17025 par le Comité français d’accréditation (COFRAC) et en Même temps par le SEMAC qui est l’organisme marocain d’accréditation au niveau du Ministère du Commerce et de l’Industrie. Cette double accréditation donne un poids non négligeable aux rapports signés LPEE et ce, même pour les entreprises nationales qui souhaitent s’exporter en Europe puisque le COFRAC est reconnu à l’échelle européen. Dans ce même registre, concernant le contrôle des installations après réalisations, notre expertise est également sollicitée par les entreprises et à ce niveau nous sommes agréés par le ministère de l’emploi et par la Fédération Marocaine des Sociétés d’Assurances et de Réassurance.

EM: Justement, ce souci pour la qualité est indispensable pour les industriels marocains qui s’exportent de plus en plus vers l’international et surtout vers l’Afrique: comment les accompagnezvous dans ce nouveau défi?

TA: Au niveau export nous opérons sur deux volets: il y a ce volet où LPEE travaille lui-même en tant qu’entreprise nationale ouverte à l’export vers l’Afrique et il y a un autre volet assistance technique sur lequel nous offrons à nos industriels notre expertise en vue de les accompagner et faciliter leurs démarches au niveau de l’export surtout africain.

Sur le volet export propre au LPEE, nous avons des relations avec certains pays tels que la Guinée, la Cote d’Ivoire, le Sénégal…dont la direction export du LPEE a la charge de maintenir les relations établies avec les laboratoires de ces pays frères et amis du Royaume. Donc LPEE surfe parfaitement sur la vague d’ouverture du Maroc sur l’Afrique Subsaharienne dans les métiers de laboratoire, la formation sur les essais bref la création de laboratoires prenant en exemple le modèle et l’expérience vécue par le LPEE pour assurer un transfert de savoir et de savoir-faire. Sur ce dernier point, le LPEE se positionne parfaitement et a beaucoup à partager avec l’Afrique.

EM: Et selon vous, quels sont les défis qu’il reste au Royaume à relever pour encore plus de compétitivité de son secteur électrique?

Un observatoire national dans le domaine du contrôle électrique est plus que nécessaire

TA: Le secteur électrique reste toujours caractérisé par cette dimension évolutive que connaissent d’ailleurs tous les secteurs liés à la technologie en général. Il faut alors qu’il y ait une veille technologique dans le secteur électrique pour rester à la page afin de résorber le gap qui nous sépare des pays industrialisés.

Egalement, l’aspect efficacité énergétique des produits n’est pas à négliger pour favoriser une baisse des consommations. D’ailleurs sur ce point, nous travaillons sur le marquage lié à la consommation énergétique des équipements tels que les réfrigérateurs, les machines à laver… pour éviter au maximum les pertes d’énergies car malheureusement à ce jour, il n’y a pas de classification des équipements. Ce dernier point rentre dans le cadre de la politique d’efficacité énergétique menée par le Royaume dont l’intérêt pour la préservation de l’environnement et l’économie des ressources n’est plus à démontrer.

Dans le même ordre d’idées, Il faudrait penser à un observatoire au niveau national dans le domaine du contrôle électrique et je pense que la FENELEC pourrait approfondir la réflexion en ce sens. Il nous faut aujourd’hui, cet observatoire qui va gérer tous les risques dans le domaine électrique avec le recensement du nombre d’accidents électriques en milieu professionnel ou domestique. Avec une entité pareille, nous aurons une idée claire sur les actions à entreprendre pour assurer une meilleure sécurité du citoyen.

EM: Votre mot de la fin Monsieur Abounacer

Une union dans l’unicité gage de succès et de réussite

TA: Comme dit au début j’espère voir une stratégie fédératrice orientée vers le développement du secteur à l’échelle nationale et sur les différents axes à suivre et à développer pour sa mise en oeuvre. C’est uniquement de cette manière que les défis seront relevés avec la plus belle des démarches: un secteur uni autour d’une fédération unique pour une convergence des actions et par ricochet plus d’efficacité: l’union dans l’unicité.

Le secteur est en parfait ébullition il faut que les industriels marocains s’ouvrent d’avantage à un management de la qualité qui ne peut être prouvé que par les essais et les mesures. Le LPEE à partir de son centre d’études et d’essais électrique reste à la disposition de tous les opérateurs: il faut juste s’armer de volonté et franchir le pas.

Dans le même courant d’idées, il y a la certification qui est gérée par le Ministère de l’industrie et du commerce, elle n’est pas obligatoire (volontaire) mais représente un avantage certain et un point positif pour le produit d’un fabricant national. De ce fait, j’incite tous les industriels à certifier leurs produits pour une assurance qualité.

Pour finir nous sommes très satisfaits de la réunification de la fédération de l’électricité et les félicitons au passage pour cette action et surtout les médiateurs qui ont participé à la réussite des négociations. Nous espérons que cette 11ème édition se fera sous le signe de l’unité et du renouveau de l’ensemble du secteur de l’électricité marocaine.

 

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