Mobilité durable: l’automobile marocaine se veut électrique mais…

A en croire l’analyse plus que pertinente des experts des quatre roues, «l’avenir de l’automobile est dans l’électrique». Cela dit, les voitures électriques commencent, non sans peine, à se positionner dans le versant sud de la Méditerranée. Plus particulièrement au Maroc, où la question environnementale est au coeur de toutes les préoccupations (politique, économique, stratégique) ces voitures écolo ne roulent pas encore à pleine puissance. Les détails…

La COP 22 a été un moment historique ayant fortement mis en exergue la sensibilité environnementale du Royaume qui a fait du développement durable la pierre angulaire autour de laquelle se cristallise toute sa politique de développement. Sans nul doute, le Maroc est un exemple sur le continent en termes de résilience et de transition énergétique. Toutefois, la vague de la durabilité n’a pas encore inondé son secteur automobile qui représente un énorme gisement d’économie d’énergies et de réduction d’émissions de Gaz à Effet de Serre. Pour preuve, son marché de l’automobile électrique est quasi-inexistant sinon dans un état embryonnaire. D’aucuns pointent du doigt le manque de mesures incitatives concrètes pour favoriser les recours à la puissance électrique au détriment du fossile et d’autres orientent plus leurs réflexions vers le consommateur marocain qui en plus de ne pas être incité de manière conséquente, exprime certaines réserves face à l’idée de la mobilité électrique. Cela relève encore de la science-fiction pour certaines couches de la société ou d’une fantaisie qui coute plus cher et dont on peut se passer.

Que faut-il pour une mobilité zéro émission?

Pour réduire sa dépendance aux produits pétroliers et ses émissions de CO2, le Royaume ambitionne de voir circuler 700 000 voitures électriques d’ici à 2030. Pour parvenir à cet objectif, le pays encore Président de la COP 22 va se doter d’un écosystème destiné à accompagner la croissance de ce marché qui est encore à ses débuts.

Depuis 2011, l’offre est en train de s’étoffer avec notamment l’arrivée de Mitsubishi, Citroën et Peugeot. Sur ce marché, Renault affiche de grandes ambitions avec une gamme dédiée (Zoe, Twizy, Fluence…). Cependant, même si certains constructeurs testent le marché, notamment avec des tests gratuits de certains véhicules, la formule ne prend pas encore. Et pour cause, il n’y a pas d’incitations fiscales sur ce type de produit, très peu de communication sur les spécificités de ce type de motorisation, sa valeur ajoutée et une absence d’infrastructures adaptées. Afin d’opter pour un véhicule électrique, il faut nécessairement une assistance, des aides et des incitations pour qu’un pays fasse développer cette pratique responsable et de résilience.

Ainsi, après la signature au printemps dernier de la Convention Pour le Véhicule Electrique au Maroc (CPVEM) réunissant opérateurs publics et privés (Renault-Nissan, Schneider Electric et le groupe M2M), les autorités souhaitent mettre en place un véritable écosystème destiné à accompagner l’essor du marché des modèles à batteries Lithium-Ion qui, de l’aveu même de ces dernières, sera dans un premier temps principalement cantonné aux seules flottes captives (grands groupes, collectivités et administrations). Pour parvenir à séduire ces acteurs, le projet de loi de Finances 2017 prévoit de modifier le barème des chevaux fiscaux qui ne prend actuellement pas en compte les émissions de CO2 des véhicules.

D’autres mesures incitatives pourraient également rapidement voir le jour, parmi lesquelles une TVA et une vignette automobile à tarifs réduits ou encore l’exemption d’une partie des droits de douane. Les réseaux publics de bornes de recharge ne sont pas oubliés et la priorité d’équipement est donnée aux grands centres urbains de Casablanca et Tanger.

Afin de promouvoir la mobilité électrique sur l’ensemble du territoire, le Maroc souhaite également lancer des audits énergétiques à destination des flottes d’entreprises et mener des campagnes d’information et de sensibilisation auprès du grand public. Une série de mesures dont l’objectif est de doper les ventes de véhicules électriques et d’atteindre les 700 000 unités en circulation à l’horizon 2030 (soit 10 % du parc avec une moyenne annuelle de 60 000 mises à la route). Un renouvellement du parc qui profitera à la balance commerciale du pays et à la réduction de la consommation d’énergie des transports.

Il est également crucial d’informer le marocain quant à la rentabilité de cet investissement sur le long terme qui à, première vue, fait peur: ce qui explique la faiblesse des ventes enregistrées auprès des concessionnaires. Les marocains ont-ils peur de la technologie ? Peur ou pas, le constat est le même chez tous les acteurs (Toyota Maroc, Renault, Ford Maroc…) de la niche: les ventes sont au ralenti lorsqu’il est question de voiture électrique. Selon l’avis de certains, l’exonération de vignettes à 700 dirhams, à elle seule, ne changera pas grandchose, Il faut une fiscalité plus incitative comme une TVA verte à 5%, un bonus écologique ou même un timbre environnement.

Pour l’instant, les initiatives sont lancées, la volonté est là, le marché et certaines mesures sont en train d’être mis en place mais il reste encore beaucoup à faire.

 

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