Les interconnexions électriques Une nécessité pour un approvisionnement fiable et compétitif en Afrique…

En observant la structure du réseau électrique très haute tension de l’Afrique de l’Ouest, on constate que les réseaux nationaux sont très faiblement interconnectés. Différentes raisons peuvent expliquer cette situation.paroles d'expert 2

Tout d’abord, les systèmes électriques ouest africains se trouvent en phase de développement et, de par la physique, le transport sur de longues distances de puissances encore modestes n’est économiquement pas rentable. De plus, les pays souffrent généralement d’un déficit de production électrique et sont donc réticents à promouvoir les échanges énergétiques internationaux. Par ailleurs, les directives relatives à l’exploitation du réseau de transport et les règles de marché ne sont pas encore harmonisées, si bien que les échanges énergétiques se limitent dans la pratique à quelques accords bilatéraux. Sans directives techniques obligeantes et un cadre institutionnel fort, une interconnexion ne pourra pas être mise en œuvre. En particulier, on devra définir les directives concernant le réglage de la fréquence et par conséquent aborder la question sensible de la gestion de la charge, par exemple par des délestages.

Pourtant, l’interconnexion des réseaux électriques présente des avantages essentiels pour permettre un approvisionnement fiable et compétitif en électricité. A cet effet, la CEDEAO (ECOWAS) a fondé le WAPP (West African Power Pool), afin d’assurer la coordination des échanges d’énergie entre les pays. Tout d’abord, l’interconnexion permet de partager les ressources de façon économiquement optimale, de gérer la variabilité des apports naturels (eau, soleil, vent) et de réduire les coûts de l’électricité. Par exemple un pays riche en hydroélectricité exporte pendant la saison des pluies et importe pendant la saison sèche.

Le pays riche en hydrocarbure fait l’inverse, il réduit sa production thermique pendant la saison des pluies et l’augmente pendant la saison sèche. La valeur de l’interconnexion est ainsi égale à la valeur du surplus d’énergie hydroélectrique plus les coûts de construction des centrales qui seraient nécessaires pour couvrir la demande des pays considérés isolément.
Un autre avantage essentiel, souvent méconnu des interconnexions, est qu’elles contribuent à la stabilité du système électrique.

Il s’agit du même principe que dans le secteur des assurances: le pooling permet de réduire les risques et donc les primes. En effet, l’objectif initial de beaucoup d’interconnexions est le partage des centrales de réserve. Exprimé simplement, deux pays dont la centrale la plus grande est de 400 MW devraient avoir chacun une réserve égale à 400 MW, alors qu’en interconnectant leurs réseaux 200 MW de réserve pour chacun suffisent. Cela explique d’ailleurs pourquoi les systèmes électriques isolés (insulaires par exemple) doivent présenter une réserve de puissance proportionnellement plus importante que les systèmes électriques interconnectés. De même, une interconnexion bien conçue est par nature plus robuste qu’un réseau isolé, puisque l’inertie du système permet de résister à des perturbations locales qui pourraient mettre en danger la stabilité du pays concerné, si ce dernier n’était pas interconnecté aux autres.

Certes, il est techniquement possible de ne pas interconnecter les réseaux et de continuer à construire des petites centrales thermiques décentralisées, souvent achetés ou louées dans l’urgence. Cependant, cette solution s’avère très couteuse, non seulement dans le court terme mais également dans le long terme.
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En effet, comme exposé plus haut, l’optimum économique est alors loin d’être pleinement exploité. Le système électrique reste fragile et ne correspond pas aux exigences du développement économique tant nécessaire. Les capacités de transport insuffisantes empêchent la construction de grandes centrales qui permettraient de réaliser des économies d’échelles significatives. L’absence de possibilité d’échange d’énergie avec les pays voisins réduit les alternatives de sources d’énergie et affaiblit la position des pays importateurs lors des négociations des contrats de combustibles.

La nécessité impérieuse des interconnexions apparait donc évidente. Cependant, sa mise en œuvre passe par le règlement de différentes questions complexes. Nous recommandons de focaliser les efforts et les ressources sur les priorités essentielles et ne pas attaquer tous les dossiers à la fois. A cet égard, nous pensons, contrairement à certains consultants, que l’introduction d’un marché de l’électricité est prématurée et n’est certainement pas la priorité immédiate de l’interconnexion.

Juste pour comparaison, l’équivalent européen du WAPP, l’UCTE (aujourd’hui ENTSO-E) a été fondé en 1951, et ce n’est que plusieurs décennies plus tard que les règles de marché de l’électricité ont été introduites.
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Dans un premier temps, un cadre institutionnel pragmatique permettant la mise en œuvre de directives techniques et commerciales communes pour l’exploitation du réseau interconnecté présentera suffisamment de défis à relever. Ensuite, une fois que l’exploitation du réseau interconnecté aura fait ses preuves et qu’il fonctionnera de façon stable, on pourra penser à mettre en place un marché de l’électricité.

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