L’Eclairage Public au Maroc: Appréhender les enjeux, les défis et les perspectives d’un secteur crucial

Le Maroc s’est lancé, depuis mars 2009, dans une vaste politique de développement des énergies renouvelables et de promotion de l’efficacité énergétique. L’énergie, dans toutes ses dimensions, devient ainsi un dossier crucial au cœur de la Vision Marocaine du développement. Afin d’appréhender l’aspect relatif à l’éclairage public, le magazine Electra est allé à la rencontre de Mme Widad SEBBAHI, Ingénieur, membre fondatrice  du Forum Général et de l’Association Alliance Création Communication Internationale, lauréate de l’IAV.

Electra: Bonjour Mme SEBBAHI. Merci de nous avoir accordé cet entretien. L’éclairage public est, aujourd’hui, une dimension fondamentale du développement.  A quoi consiste-t-il et quels sont ses enjeux?
Widad Sebbahi: L’éclairage public fait partie de notre environnement urbain. Il est aujourd’hui inconcevable de penser une ville sans son éclairage. La lumière est, tout comme le béton ou l’acier, un matériau d’architecture. Ainsi la lumière est-elle essentielle pour tout espace. Dès le déclin du soleil, jusqu’au crépuscule matinal, la lumière assure la lisibilité urbaine, au cœur de nos cités. Elle permet de donner aux lieux un visage et une identité bien spécifiques, qui les différencient les uns des autres, les rend singulier. Nous sommes tous sensibles à la lumière. Elle crée en nous une émotion personnelle, qui peut aussi bien être collective; elle nous permet d’appréhender un espace, un bâtiment. La lumière est également un repère pour les hommes, au sein d’un environnement urbain complexe. Elle joue par conséquent le rôle de guide visuel.

Aujourd’hui, l’éclairage public a un double enjeu pour les villes. Il doit tout d’abord être un gage de sécurité pour les gens, en étant de qualité. De l’éclairage, doit naître un sentiment de sécurité dans les espaces. Il doit définir l’espace nocturne  avec précision et parcimonie. En effet, les personnes exigent de se déplacer dans des lieux sûrs, construits autour d’un environnement sécurisant. C’est pourquoi, la qualité doit être au service de la sécurité. A postériori, si l’éclairage des espaces publics n’a eu qu’une fonction sécuritaire pendant très longtemps, il est évident qu’actuellement, il dépasse cette dimension. L’éclairage et le mobilier lumière, de par leur configuration, agissent – au-delà de l’aspect sécuritaire – en tant que révélateurs d’espaces, et modifient ou accentuent notre perception de ces derniers. Eléments visibles et profitables à toute la population, la lumière et le mobilier d’éclairage, participent à une certaine image de marque, à laquelle les municipalités souhaitent s’attacher, afin de vanter leur attractivité.

D’autre part, l’éclairage public est un des champs d’intervention des communes. Il est qualifié de service public communal et d’équipement collectif pour lesquels les communes et les municipalités sont les maitres d’ouvrages, elles assurent la réalisation et la gestion de ces installations; L’assise juridique y afférente se consacre à la loi 78-00 portant Charte Communale ; Loi gestion déléguée 54-05; Loi sur l’efficacité énergétique 47-09 article 4; Les modes de gestion utilisées concernent la gestion déléguée, les conventions spécifiques conclues entre les communes et l’ONE, Régies de distributions  ou opérateurs privés et les conventions d’entretien ou la gestion via la SDL .

12355729_10205678946392937_2112292182_oElectra: L’éclairage public au Maroc connaît cependant des difficultés. Quels sont les principaux défis auxquels il est confronté?
W.S.: Effectivement ! Le secteur de l’éclairage public au Maroc, tout comme dans plusieurs pays du Sud, connaît de nombreuses difficultés au premier rang desquelles l’absence de stratégie de développement claire, précise et ambitieuse. A cela s’ajoutent le manque de document de référence pour la planification, le cadrage et l’harmonisation des de la coneption , des choix des équipements dans les règles de l’art; la difficulté des CT à bénéficier de financement pour réaliser les études diagnostic- photométrique–réalisation des essais pour les équipements-diligenter et developper un savoir-faire au niveau  le contrôle des prestataires; l’insuffisance/manque de ressources humaines locales qualifiées et organisée disposant d’une expertises convenable dédiées. Ce ne sont pas les seuls défis du secteur puisqu’il faut aussi soulignerla preoccupation majeur  de nos élus consiste a éviter les gaspillage de consommation  de l’électricité au niveau de l’éclairage public (de plus de 1MMDH) conséquente pour le budget  de fonctionnement des Collectivités Locales, soit près de 4%; l’indisponibilité d’indicateurs de consommation; l’insuffisance des financements alloués à la mise à niveau des réseaux qui sont anciens et qui présentent beaucoup de points faibles; l’absence de structures dédiées à l’entretien et la maintenance. Faudrait-il également rappeler que les CT ne disposent pas d’assez d’outils  leur permettant de  garantir un bon choix de leur équipement sans oublier le besoin en  plateformes d’informations interactives pour l’éclairage public destinées au CT, ainsi que le manque de communication autour des modèles innovants de bonne conduite et de bonne gestion de cet équipement communal.

Electra: Quelles sont les actions menées afin de relever le défi d’un secteur de l’éclairage public marocain performant et de qualité?
W.S.: Dans le cadre de l’optimisation de l’éclairage public au Maroc, les stakeholders (parties prenantes) ont mené un certain nombre d’actions. parmi ces actions En 2006, une étude a été réalisée et qui consistait en un diagnostic de l’éclairage pour la rationalisation de la consommation énergétique des  communes. Laquelle étude a concerné  870 000 habitants pour 1140 Km de voies éclairées, 45.000 points lumineux, 8 MW de puissance installée et pour 33 millions de dirhams de consommation électrique par an. Le diagnostic établi a révélé un état général des ouvrages plus ou moins dégradé, une performance énergétique moyenne: sur-éclairement, utilisation de lampes et équipements à bas rendement, mauvaise gestion du temps d’allumage (allumage avant l’heure-extinction après l’heure), ainsi qu’un manque de suivi (utilisation des lampes au-delà de leur durée de vie). L’étude a ainsi abouti à la mise en place d’un plan d’action au niveau de quatre communes, notamment Safi, Benslimane, Chefchaouen et Assilah.  Les actions ont concerné la rationalisation, le relamping, la maîtrise de lumière et la maitrise de gestion de la maintenance.

Dans un autre versant, les Etats Généraux de l’efficacité énergétique lancee par  lancés, en début 2013, par l’ADEREE. Un débat national  participatif, inclusif et transparent à grande échelle dans le but d’élaborer une stratégie nationale d’efficacité énergétique à l’horizon 2030, et les plans d’actions associés à court, moyen et long terme. Cette consultation associe l’ensemble des acteurs concernés au niveau national : l’Etat, les collectivités locales, le secteur privé, la société civile et les syndicats des secteurs concernés (bâtiment, éclairage public, industrie, transport, agriculture), des juristes, des scientifiques et des experts nationaux et internationaux. 36 mesures ont été prises dans le cadre d’une meilleure intégration de l’efficacité énergétique dans la gestion des différents secteurs visés.

Le Réseau Marocain pour la Maîtrise de l’Energie (REMME) a également été créé en avril 2013 et consacré à la thématique de l’éclairage public, touchant dans le cadre de ses échanges et formations différents aspects tels que: outils de planification de l’EP; mise en place d’un SIG appliqué à l’EP; méthodologie de recensement de l’EP, sensibilisation, développement d’outils didactiques, conduite de projet pilotes…

Il a été créé avec l’appui de la GIZ. Il œuvre, dans le cadre du programme CoMun, aux côtés des Communes Urbaines pour les accompagner dans le développement de la maîtrise de l’énergie. Il vise à positionner la maîtrise de l’énergie au centre de l’action communale tout en renforçant les capacités de ses membres à travers des formations et voyages d’études. Les échanges, la capitalisation et l’appui conseil sont aussi au cœur de la démarche du REMME.

Electra: En votre qualité d’experte en la matière, et pour avoir créé un groupe de réflexion sur l’éclairage public au Maroc, comment, selon vous, réussir le pari d’un secteur de l’EP marocain arrimé aux standards internationaux?
W.S.: Pour réussir le pari d’un secteur de l’éclairage public plus performant et plus dynamique, à la hauteur des attentes, et au rang des standards internationaux en la matière, plusieurs préalables doivent être franchis. Il s’agit d’abord de diligenter une étude sur l’éclairage public traçant les recommandations stratégiques. Le renforcement de l’assistance, ainsi que l’appui conseil  des CT  et la Mobilisation des Fonds nécessaires (Fonds de développement énergétique – FD pour le développement des technologies propres BAD, gib) doivent être de mise. Dans le même courant d’idées, il convient de souligner la nécessité de mieux organiser la profession (qui regroupe diverses disciplines) en clarifiant les tâches qui incombent à chaque partie prenante. Faudrait-il aussi doter les communes de la capacité réelle pour assumer cette commande publique (cadrage, renforcement de compétences, outils didactiques, financement, veille- vulgarisation des best practice). Veiller également à aligner la gestion de ce service public communal à l’image de celle des pays ayant réalisé des avancées considérables en l’occurrence via la géo contextualisation moyennant les paliers photométriques par point lumineux  et efficaces dans le domaine, et ce, via la mise en place de lignes directrices. Enfin, il nous faut mettre les territoires  en émulation  pour le développement du secteur de l’éclairage public. Secteur dans lequel le Maroc présente de nombreux gisements et d’atouts qu’il convient d’exploiter!

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