Interview avec Monsieur ISSAM ALOUZ, Chef de service Energie, Eau et Développement Durable Département Normalisation, IMANOR

«Il est temps que les opérateurs économiques marocains s’engagent dans le processus de normalisation pour influencer la norme, protéger leurs marchés et aussi accéder à d’autres.»

Intervenant lors de la 1ère édition du FEL, Monsieur Issam ALOUZ a, tout au long de cette rencontre, insisté sur le rôle et le travail de titan abattu par l’IMANOR. Dans cet entretien exclusif accordé à la revue Electra Maroc, le chef de service Eau et Développement Durable au Département Normalisation de l’IMANOR partage sa vision et revient sur les défis qu’il reste au Maroc de relever pour une normalisation efficace. Les détails…

Electra Maroc: Comment se porte la normalisation au Maroc? quel est l’existant aujourd’hui dans le domaine de l’éclairage?

Issam ALOUZ: Depuis la création de l’IMANOR, la normalisation marocaine a connu une grande dynamisation sur tous les secteurs et en particulier le secteur électrotechnique qui s’est concrétisé par une collection de normes marocaines comptant actuellement 13500 dont plus de 1500 portent sur l’industrie électrotechnique. Dans le domaine de l’éclairage, plusieurs normes marocaines ont déjà été homologuées et sont alignées sur les normes internationales.

A l’échelle internationale, il existe aujourd’hui de nouvelles normes qui sont aussi orientées sécurité et performance et le travail de l’IMANOR consiste à identifier ces normes afin de les soumettre à l’examen des commissions de normalisation concernées, en vue de leur adoption et/ou adaptation au niveau national.

EM: Quels sont selon vous, les facteurs bloquant à une normalisation efficace dans le Royaume?

IA: L’une des principales particularités de l’activité de normalisation, c’est qu’il s’agit d’un processus ouvert dans lequel l’ensemble des parties prenantes mutualisent leurs expériences et leur savoir-faire pour arriver à une position consensuelle sur un projet de norme. A l’instar de la majorité des pays en voie de développement, la participation des industriels reste relativement limitée dans le processus de normalisation que ce soit au niveau national au sein des commissions de normalisation de l’IMANOR, au niveau régional au sein du Comité Européen de Normalisation Electrotechnique (CENELEC) ou au niveau international au sein de la Commission E l e c t r o t e c h n i q u e Internationale (IEC).

En effet, la norme n’est pas toujours neutre, elle est l’outil définissant les règles du marché profitant ainsi à ceux qui sont présents lors de son élaboration. Il serait donc intéressant pour les opérateurs économiques marocains de mieux s’engager dans le processus de normalisation pour influencer la norme, protéger leurs marchés et aussi accéder à d’autres.

EM: Le secteur de l’éclairage pourrait être un levier important de réduction de la facture énergétique des villes, que prévoit l’IMANOR pour accompagner cette transition dans lequel s’est engagé le pays?

IA: Bien évidemment, la part de l’éclairage est importante dans la facture énergétique que ce soit l’éclairage d’intérieur ou d’extérieur. Dans le domestique, les chiffres s’accordent sur plus de 10% de la consommation énergétique, mais encore, environ 4% du budget des communes est alloué à l’éclairage public. Ceci dit, il est clair qu’il y a un gisement important en termes d’efficacité énergétique dans ce secteur.

Pour mettre la normalisation au service des objectifs nationaux en termes d’efficacité énergétique, l’IMANOR a lancé un processus de révision de la norme marocaine NM 14.2.300 relative à l’étiquetage énergétiques des appareils électrodomestiques. Ce chantier prévoit la mise en place des spécifications de l’étiquetage énergétique des appareils y compris pour les lampes.

EM: La LED est en train de faire sa place au Maroc, cependant nombreux sont les professionnels qui ont déploré lors du FEL la qualité des produits proposés sur le marché de la Led, comment accompagnez-vous ces derniers pour éradiquer ce fléau lié à la contrefaçon?

IA: L’IMANOR a publié ces dernières années plusieurs normes marocaines relatives à la LED et d’autres normes sont en cours de programmation. Aussi, nous avons mis en place plusieurs schémas de certification dans le secteur électrotechnique pour les produits électriques. Cette certification est matérialisée par l’apposition d’une marque de conformité NM gérée conformément aux pratiques internationales en la matière.

Par ailleurs, l’IMANOR a pris en compte ce besoin dans sa stratégie de développement visant notamment à accompagner les politiques de l’Etat dans la mise en place des dispositions règlementaires visant à assurer la qualité et la sécurité des produits mis sur le marché national. «Il est à rappeler dans ce cadre qu’une nouvelle règlementation est entrée en vigueur il y a plus d’une année concernant la compatibilité électromagnétique et la basse tension qui préconise l’apposition d’un marquage règlementaire marocain C م sur tous les appareils fonctionnant dans la basse tension y compris bien évidemment la LED».

EM: Pour un service de qualité supérieur dans la Led, disposez-vous de moyens suffisamment forts pour décourager les faussaires? Et quels sont-ils?

IA: Cela relève plutôt des autorités gouvernementales concernées par la surveillance du marché mais il convient de signaler que toute personne physique ou morale peut s’assurer auprès de l’IMANOR de l’authenticité d’une certification déclarée par rapport aux normes marocaines. Aussi, il ne faut pas omettre que la loi 24- 09 relative à la sécurité des produits et des services et la loi 31-08 relative à la protection du consommateur comprennent assez de dispositions qui permettent de protéger l’utilisateur marocain.

EM: La sensibilisation de la société est également nécessaire pour un changement des comportements du consommateur marocain: quelles sont les actions que vous menez en ce sens?

IA: Dans le cadre des actions de communication, l’IMANOR organise plusieurs manifestations annuelles visant l’information de l’ensemble des parties prenantes sur l’importance de la conformité aux normes attestée par la certification. Aussi, l’IMANOR a toujours répondu présent dans les manifestations auxquelles sa participation est sollicitée, en contribuant par des présentations afin de vulgariser les normes pour la sécurité et la qualité des produits et des services mis sur le marché et utilisés par le consommateur marocain, et sensibiliser l’ensemble des parties prenantes sur l’importance des normes et de la certification.

EM: Vous avez été à la 1ère du FEL, quel est le message central que vous souhaitez lancer à l’ensemble de cet écosystème de l’éclairage marocain?

IA: Contribuer à l’élaboration des normes définissant les règles du marché et opter pour une marque de certification distinctive sont les deux paramètres clés pour pérenniser le marché et s’ouvrir sur d’autres.

EM: Un pronostic sur les lendemains de l’éclairage LED au Maroc…

IA: La technologie LED est actuellement en pleine effervescence au Maroc, c’est le moment opportun de se positionner et d’acquérir les avantages immenses qu’elle nous offre tout en veillant à la santé et à la sécurité de l’utilisateur à travers la conformité aux normes marocaines.

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