Entretien avec M. Sécou Sarr, Directeur ENDA Energie Sénégal, en marge du salon Solaire Expo

<<J’ai une perception très positive par rapport à ce salon du point de vue de la thématique, de la participation et de l’implication des jeunes chercheurs>>

ELECTRA Maroc: Quelles sont vos impressions par rapport à la valeur ajoutée de cette édition de manière particulière et par rapport au salon de manière générale?

Sécou Sarr: Je remercie tout d’abord le magazine Electra Maroc pour cette opportunité. Si je dois donner mon impression par rapport à la portée de ce salon, ça serait, bien évidemment, en rapport avec le choix du thème de cette 6ème édition: le solaire et l’efficacité énergétique. Un thème qui, comme nous le savons tous, est composé de deux concepts : l’énergie solaire et l’efficacité énergétique, considérés, tous les deux, comme piliers de la transition énergétique, particulièrement pour les pays qui sont les nôtres. Et ce, dans la mesure où, les énergies renouvelables constituent une alternative de poids pour activer un processus de développement. Une alternative qui permettra, dans ce sens du développement, d’améliorer les conditions de vie des communautés les plus vulnérables, particulièrement celles situées dans les milieux ruraux.

L’autre aspect donnant de l’ampleur à mes impressions positives, c’est bien la présence des acteurs privés, qui, eux, ont eu l’opportunité d’exposer leurs différentes innovations aussi bien dans le domaine de l’énergie solaire que dans l’efficacité énergétique, du point de vue technologique.

En outre, s’ajoute l’intérêt porté par le salon sur la recherche scientifique. En effet, parallèlement à l’aspect expositions de technologies, il y a eu aussi une forte présence de l’aspect scientifique, grâce, notamment, à un concours ouvert aux jeunes chercheurs afin d’exposer leurs innovations, leur permettant ainsi de montrer leur engagement dans le cadre de la contribution au développement de l’énergie solaire et de l’efficacité énergétique.

En somme, j’ai une perception très positive par rapport à cette 6ème édition du Solaire Expo du point de vue de la thématique, de la participation et de l’implication des jeunes chercheurs.

EM: L’efficacité énergétique n’est pas une question qui se pose seulement aux entreprises, mais aussi aux citoyens, et ce, dans la mesure où, ce sont eux les consommateurs finaux. Quelles sont les pistes envisageables pour qu’il y ait une vulgarisation de ce concept auprès des acteurs-citoyens ?

SS: L’efficacité énergétique consiste, en somme, à créer plus en consommant moins. Ceci renvoie, d’une part aux questions technologiques et d’autre part à l’utilisation rationnelle de l’énergie. En effet, en ce qui concerne la technologie, la question est axée sur les choix technologiques à exploiter dans les différents maillons de la chaîne de production. Ensuite, par rapport à l’utilisation rationnelle, il s’agit particulièrement du développement d’un comportement citoyen.

En effet, et à mon sens, il faut développer un esprit d’écocitoyenneté pour permettre à chaque individu de se dire que «je vais me challenger moi même, de manière à ce que j’utilise l’énergie de la manière la plus rationnelle possible, car l’énergie est sous mon contrôle».

En effet, il faudrait axer le travail sur l’information et la sensibilisation du citoyen en ce qui concerne l’utilisation citoyenne de l’énergie solaire, biomasse ou autres. Et ce, dans la mesure où je le crois, l’énergie constitue un pilier déterminant du développement durable.

En outre, les actions de l’efficacité énergétique sont des actions gagnants gagnants, tant du point de vue de l’environnement global que du point de vue individuel, grâce à l’économie financière qu’engendrent lesdites actions.

EM: Le continent africain n’a pas eu accès à une part du développement économique constaté à l’échelle mondiale, il en a même subi les externalités. Avec cette approche nouvelle de développement qui s’appuie sur le savoir, la technologie et l’innovation, comment est-ce que le continent africain peut ancrer son développement sur cette approche?

SS: Quand on parle de développement durable, on parle systématiquement des questions liées à l’économie, l’environnement, l’aspect social, et surtout institutionnel à l’échelle mondiale. En effet, sur la liste des objectifs du développement durable, adoptée en 2015, l’énergie a été considérée comme un objectif à part entière, ce qui constitue une certaine rupture par rapport aux objectifs du millénaire, où l’énergie n’était pas considérée comme étant un objectif à part entière. Ainsi, lors de l’évaluation des objectifs du millénaire, on s’est rendu compte que beaucoup d’objectifs n’ont pas été atteints car l’énergie n’a pas été prise comme un objectif. En outre, dans la plupart des cas, la question de l’énergie est abordée d’un point de vue sectoriel d’où l’absence d’une vision holistique de l’énergie, et ce, en se disant que sans énergie on ne saurait guère améliorer la qualité du service de l’éducation, sans énergie également, on ne peut faire de la croissance économique. En clair, ce que je considère, aujourd’hui, très salutaire est le fait de considérer l’énergie comme étant un objectif indépendant.

Un autre aspect surgit lorsqu’on analyse ce qui se passe à présent en matière de vision des décisions politiques dans de le domaine de l’énergie, c’est le fait que beaucoup de décideurs se soient engagés dans une vision long-termiste. Dans le même ordre d’idées, à l’échelle mondiale, la conscience que l’énergie est en étroite relation avec la question d’émergence commence à prendre de l’ampleur. Et ce, dans la mesure où on ne peut parler d’émergence sans parler d’énergie.
En Afrique, en particulier, il y a énormément d’opportunités qui se présentent permettant au continent de s’inscrire dans une dynamique d’émergence globale. Nous avons l’éolienne, de la biomasse et des terres à cultiver. L’Afrique est l’avenir de l’humanité, toutes les potentialités et opportunités de transition sont en Afrique. L’heure est donc venue de changer de pas dans la production de l’énergie au profit de tous.

EM: Juste après les récentes découvertes de pétrole au Sénégal,
quelles perspectives en voyez-vous?

SS: Il s’agit d’un changement de contexte au Sénégal. La problématique de l’énergie est abordée, à présent, avec les nouvelles découvertes importantes de pétrole et de gaz. Elles doivent permettre au Sénégal de s’inscrire dans une dynamique d’émergence à condition qu’il y ait de la bonne gouvernance.

À l’heure actuelle des discussions et des débats sont engagés pour mettre les bases d’une exploitation efficiente de ces ressources pétrolières.

En somme, je crois que c’est une bonne perspective de développement qui s’ouvre pour le pays.

En outre, il y a un aspect qui se pose à présent, il s’agit de savoir si les récentes découvertes vont freiner le développement récent des énergies renouvelables. En tant que Directeur de ENDA Sénégal, notre perception consiste à dire qu’il faut exploiter effectivement ces énergies fossiles pour garantir
l’indépendance énergétique du pays, tout en profitant de cette rente pour pouvoir financer le développement des énergies renouvelables.

EM: Quelles mesures préconisez-vous relatives à la dichotomie en matière d’électrification entre zones rurales et urbaines particulièrement au Sénégal?

SS: Il s’agit clairement d’une question d’équité, qui, elle, est une question assez globale pour les pays en voie de développement. Dans la plupart des cas, le monde rural est resté dépourvu d’électricité. À titre d’exemple, le taux d’électrification ne dépasse pas 10% en Afrique de l’ouest. C’est injuste!

Ce qui est à faire, à mon sens, au Sénégal et en Afrique de l’ouest, c’est de mettre en place des agences d’électrification. Ceci renvoie aux méthodes d’intervention de l’Etat, qui doit mettre en place des
mécanismes de régulation efficace, notamment en ce qui concerne le solaire et l’éolienne.

Je tiens, à cette occasion, de rappeler que l’électrification rurale n’est pas synonyme d’éclairage, parce qu’il faudrait aborder la question sous l’angle de l’accès aux services de l’énergie productifs, ce qui va permettre aux communautés de renforcer leur dignité, à savoir, et à titre d’exemple, la création de l’emploi pour les femmes et les jeunes.

Un autre aspect très important à mon sens, toujours dans le sens de l’accès à l’énergie en milieu rural, est la prise en compte de la dimension genre. Du point de vue conceptuel, ceci renvoie à des questions du rapport de l’homme à la femme. La problématique devient opérationnelle, dans la mesure où le renforcement de l’accès des femmes à l’énergie durable leur permet de sortir de certaines corvées. En clair, le fait d’accompagner les femmes à faire cette transition constitue un pilier de l’émergence.

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