Electricité: les approches valables dans les pays industrialisés ne le sont pas nécessairement en Afrique

On l’entend à tous les forums économiques sur l’Afrique, on le déplore dans de nombreux rapports d’études stratégiques, c’est un fait bien connu que nous illustrons ci-après par un cas concret.

Un investisseur privé européen veut construire une usine dans un pays africain. La société nationale d’électricité lui fait une proposition de raccordement au réseau de transport. Le tarif proposé est très attractif puisque qu’il se trouve en deçà des coûts réels de production et de transport de l’énergie électrique, une situation très fréquente en Afrique. L’investisseur engage les premiers frais d’étude de faisabilité et conclut un contrat clé en main avec une entreprise EPC (Engineering Procurement and Construction).paroles d'expert 2

La situation se complique lorsque la société nationale annonce que la ligne de raccordement ne peut pas être construite dans les délais prévus et que cette connexion « doit être réexaminée dans un cadre plus large du développement du réseau électrique au niveau régional ». Le manque de base légale suffisante et l’absence de contrat suffisamment obligeant pour la société nationale conduisent l’investisseur à chercher des alternatives et à faire appel à un bureau de conseil expérimenté.

Différentes options sont analysées d’un point de vue économique et technique: leasing versus propriété d’une centrale dédiée au site industriel, choix du combustible et de la technologie (moteurs diesel, turbines à gaz), analyse des risques, business plan, puis finalement spécifications de la centrale de production électrique.

De plus, lors de la clarification des interfaces entre les différents fournisseurs, le conseiller identifie un second problème, qui malheureusement est souvent négligé lors des développements de projets industriels: ce n’est pas seulement la quantité d’électricité qui importe, mais également sa qualité. En effet, certains équipements prévus par l’entreprise EPC exigent une qualité d’électricité incompatible avec les standards typiques dans les pays en voie de développement et encore moins avec une alimentation en électricité par une centrale séparée du réseau.

Des solutions techniques existent pour palier à cette difficulté, cependant leur mise en œuvre implique des coûts supplémentaires et un report de la mise en service de l’usine. Quant à la solution commerciale, plusieurs séances de négociation ardues ont été nécessaires pour arriver à un accord acceptable par les différentes parties du projet. Inutile de préciser que la ligne « imprévus » du business plan de l’investisseur, mais aussi la position «contingencies» du calcul du prix par l’entreprise EPC ont été plus que sollicitées pour couvrir les coûts supplémentaires…

Quels sont les enseignements à tirer de ce cas réel. Lors d’investissements dans des installations complexes telles que les centrales électriques, il est vivement recommandé de s’appuyer sur un conseiller expérimenté pour définir un concept approprié à la situation africaine, structurer le projet solidement et en clarifier les interfaces entre les parties, identifier et prévenir les risques juridiques, commerciaux et techniques. Cela permet d’éviter des mauvaises surprises parfois très coûteuses lors de la construction et de la mise en service. Le contexte spécifique du continent africain doit être pris en compte avec discernement ; des solutions et des approches valables dans les pays industrialisés ne le sont pas nécessairement en Afrique.

Par M. David Orzan, Energy Consulting Group, Zurich

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