Appréhender les enjeux de l’électricité verte

Quels sont les enjeux de l’électricité verte pour le développement d’un pays? Quelle est la place de cette électricité verte dans la vision marocaine de développement énergétique? Quels potentiels pour quelle exploitation au Maroc? Quel avenir? M. Khalid Loudiyi, Enseignant chercheur à l’Université Al Akhawayn d’Ifrane, nous livre une analyse.

Paroles d'expert EMElectra: Qu’est-ce que l’électricité verte et quels en sont les enjeux pour le développement d’un pays comme le Maroc?

Khalid Loudiyi: L’électricité verte est une électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelables. Elle est caractérisée par l’absence ou la présence limitée d’émissions de gaz à effet de serre. Les sources primaires pour la production d’énergie verte sont: le vent (parc à éoliennes), le soleil (panneaux photovoltaïques), l’eau (centrales hydroélectriques), les marées (centrales marémotrices), la biomasse, l’énergie géothermale. L’énergie est à 65% un facteur de production de biens et services et est considérée comme un vecteur de développement économique, d’où la nécessité d’avoir une énergie compétitive et de rationaliser la consommation énergétique, sachant que le potentiel d’économies d’énergie est évalué à au moins 15% de la consommation globale. L’énergie est également un vecteur de développement social, 35% étant destinés à la consommation finale des ménages. Au niveau national, la part du pétrole dans le bilan énergétique est passée de 95% durant les années 70 à 60% en 2005. Pour le charbon, cette part a évolué de 8% en 1980 à 32% en 2005. L’hydroélectricité est importante en termes de puissance installée, mais elle reste soumise aux aléas climatiques (2,5 % de l’énergie primaire en 2005). Eu égard à sa forte dépendance vis-à-vis des énergies fossiles, dépendance qui pèse lourd

sur le budget de l’Etat puisque représentant 100 milliards de dirhams, le Maroc gagnerait considérablement en misant sur les énergies renouvelables. Ce qui a d’ailleurs été compris par le Royaume en lançant une stratégie énergétique ambitieuse où les énergies renouvelables sont pleinement prises en compte. L’objectif visé est d’atteindre 42% de part des énergies renouvelables dans la capacité électrique installée à l’horizon 2020. Ainsi, trois mesures sont envisageables pour un pays importateur d’énergie comme le Maroc. Il s’agit de la diversification des origines d’importation, du relèvement des niveaux des stocks stratégiques et de la garantie de la sûreté des installations et de la qualité des produits. Il faut également développer les ressources locales, notamment à travers l’exploration pétrolière qui peut modifier de manière significative le paysage énergétique marocain. Sans oublier le développement des ressources renouvelables, en particulier la petite hydraulique, la biomasse, les énergies solaire et éolienne, etc. Lesquelles énergies renouvelables apparaissent, d’autre part, comme le meilleur moyen de lutter contre le réchauffement climatique car elles permettent d’éviter l’utilisation des énergies d’origine fossile fortement émettrices en gaz à effet de serre, responsables du changement climatique.

Electra: En parlant de nouvelle stratégie énergétique nationale, quels sont les potentiels dont regorge le Maroc en matière de développement de l’électricité verte?

K.L.: Le Maroc dispose d’un gisement important en énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse et hydraulique). Pour le solaire, nous avons plus de 3000 heures d’ensoleillement par an et environ 5 kWh/m2 par jour. Pour l’éolien, c’est plus de 6000 MW, plus de 3500 kilomètres de côtes, des sites ventés 6 à 11 m/s. Concernant la biomasse, le Maroc dispose d’environ 5 millions d’hectares de forêts, de grands gisements de déchets et résidus pour le biogaz. Quant à l’hydraulique (MCH), le Royaume compte plus de 200 sites exploitables.

La position géographique constitue également un atout pour le Maroc, dans la mesure où elle lui facilite la réalisation d’interconnexions électriques et gazières, de projets structurants qui favorisent le développement des échanges et la construction, à terme, d’un marché régional intégré, permettant d’optimiser les investissements et de mieux sécuriser l’approvisionnement.

Electra: En tant que professeur dans le domaine, pensez-vous que toutes les potentialités en énergies renouvelables sont exploitées par le Maroc?

K.L.: Les potentialités en énergies renouvelables sont actuellement faiblement exploitées par le Maroc.  Totalement dépendant de l’extérieur, le Maroc importe 95% de ses besoins en la matière. La facture énergétique pèse lourdement sur les équilibres économiques et financiers du pays. En effet, ces dernières années, les énergies renouvelables font l’objet d’un portefeuille de projets diversifié (centrale thermo solaire, station de pompage turbinage hydraulique, valorisation énergétique des déchets, pompage de l’eau, dessalement de l’eau de mer, climatisation et chauffage solaire de l’eau sanitaire,….) s’impliquant ainsi dans divers programmes économiques et sociaux. Les énergies renouvelables participent à hauteur de 4% au bilan énergétique national (hors biomasse) et sont à l’origine de la production de près de 10% de l’énergie électrique, grâce à l’effort important de mobilisation de la ressource hydraulique ainsi qu’à l’effort d’implantation de premiers parcs éoliens. D’où l’importance pour le Maroc d’exploiter davantage ses richesses en matière d’énergies renouvelables. Ce qui allégerait le poids de sa dépendance énergétique tout en ouvrant de nouvelles brèches en termes de développement économique et social. Les clés de la réussite en matière de stratégie et de planification énergétiques sont connues : une cohérence du système énergétique dans son ensemble, un développement de l’observation et de la prospective énergétique, ainsi que des choix stratégiques et une programmation.

Electra: Les énergies renouvelables c’est aussi la mer et la biomasse. Comment le Maroc pourrait-il développer ces types d’énergie?

K.L.: La mer est riche en énergies exploitables sous diverses formes (houlomotrice, marémotrice…). Il s’agit là d’énergies marines renouvelables qui constituent une réelle richesse que le Maroc doit davantage exploiter et développer. Pour y arriver, un grand atout se présente au Maroc; le Royaume dispose de 3.500 km de côtes qui pourraient, si tous les efforts nécessaires sont consentis, servir de potentiel véritable pour le développement des énergies marines. Toujours est-il que les technologies marines les plus prometteuses, hydroliennes et houlomotrices, ne sont aujourd’hui pas encore suffisamment avancées pour être installées à grande échelle. Certains projets en phase préindustrielle ou en cours de démonstration sont toutefois

très prometteurs. Ces technologies devraient atteindre le seuil de maturité industrielle économique vers 2015 ou 2020. D’autres technologies (thermique et osmotique) sont trop coûteuses et trop complexes technologiquement pour offrir une alternative viable aux énergies fossiles dans un futur proche.

Electra: L’électricité verte au Maroc, quel avenir ?

K.L.: Le Maroc espère se positionner comme une puissance énergétique future à l’horizon 2020, voire «un champion de la croissance verte en Afrique». En fait, la production énergétique que prévoit le Royaume ne peut être absorbée uniquement par le marché local, ce qui inciterait les responsables marocains à envisager l’exportation, et du coup acquérir des cartes diplomatiques importantes. La vision du Maroc est, d’ailleurs, appuyée par plusieurs études qui affirment que le Royaume serait capable, d’ici à 2025, d’exporter 20% de sa production énergétique. Plusieurs pays européens, en l’occurrence l’Allemagne, la France et l’Espagne, ont manifesté leur intérêt au nouveau produit énergétique offert par le Royaume. L’avenir s’annonce donc prometteur pour le Maroc!

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